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Lutte

Une lutte irraisonnée contre une espèce envahissante peut conduire à favoriser son installation. Cela a été trop souvent le cas par le passé. Les espèces envahissantes ont en général une très forte capacité d’adaptation et de dispersion. C’est le cas du Frelon asiatique à pattes jaunes. Les méthodes de lutte qui ont un impact sur le reste de l’environnement (comme l’utilisation d’appâts empoisonnés) risquent donc de desservir nos espèces locales en faveur de ce dernier. Le Frelon asiatique, Vespa velutina, a été classé, par arrêté ministériel fin 2012 au titre du code rural et de la pêche maritime, en danger sanitaire de 2e catégorie pour l’Abeille domestique, Apis mellifera (AGRG1240147A), puis en espèce exotique envahissante début 2013 au titre du code de l’environnement (DEVL1300859A). Ces arrêtés permettent respectivement, la mise en place d’un programme de lutte, collectif et volontaire et l’interdiction de l’introduction de ce frelon dans le milieu naturel. La formation d’un groupe de travail composé des administrations publiques, de représentants apicoles et de scientifiques a permis la réalisation d’une note de service définissant les mesures de surveillance, de prévention et de lutte (DGAL/SDSPA/N2013-8082). Dans l’attente de nouvelles découvertes et de méthodes de lutte spécifiques, il vaut mieux suivre les recommandations suivantes :

Éviter le piégeage des femelles fondatrices de Frelon asiatique. C’est en effet la période de l’année où la lutte contre Vespa velutina est la plus vaine (Monceau et al., 2012 ; Rome et al., 2013b). Cette espèce produit de très nombreuses femelles fondatrices (plus de 500 pour un gros nid), et le printemps est la période où la mortalité des fondatrices de frelons comme de guêpes est la plus élevée, en grande partie du fait de la compétition intervenant entre individus d’une même espèce. Détruire certaines fondatrices à cette période ne fait que laisser la place à d’autres (Cottam, 1948 ; Thomas, 1960 ; Gamboa, 1978 ; Edwards, 1980 ; MacDonald & Matthews, 1981 ; Bunn, 1982 ; Matsuura, 1984 ; Donovan, 1991 ; Archer, 2010 ; Archer, 2012). De plus, il n’y a actuellement aucun piège réellement sélectif vis-à-vis du Frelon asiatique. Même un piège dit « sélectif » a un impact sur les insectes non cibles, car si une sélection physique partielle a lieu pour certains insectes (trop gros pour pénétrer dans le piège ou assez petits pour s’échapper par les petits trous latéraux), le séjour, même court, dans un piège peut avoir un impact (excès de chaleur, humidité, etc.) sur la survie ou la fécondité des insectes capturés (Dauphin & Thomas, 2009 ; Rome et al., 2011a ; Goldarazena et al., 2015). Pour qu’un piège soit réellement efficace, il faut que son appât soit attractif pour le Frelon asiatique, répulsif pour les autres insectes et durable dans le temps. Des recherches dans ce sens sont en cours à l’INRA de Bordeaux, au CNRS de Gif-sur-Yvette et à l’IRBI de Tours.

En cas d’attaque de Frelon asiatique sur un rucher et uniquement dans ce cas. Il faut poser des pièges à sélection physique (pour diminuer l’impact sur les autres espèces), de préférence avec comme appât du jus de vieille cire fermentée (appât qui a donné de bons résultats dans ces conditions), mais il faut poser les pièges uniquement au niveau du rucher (Rome et al., 2011a). Ceci permet de diminuer la pression de prédation et d’affaiblir les colonies du frelon. Ces pièges doivent être en général posés à partir du mois de juin et jusqu’à la fin de la saison de prédation (octobre à mi-novembre).

La destruction des colonies reste la méthode la plus efficace pour diminuer les populations de Frelon asiatique. Celle-ci doit se faire le plus tôt possible et jusque mi-novembre. Le Frelon asiatique étant diurne, les nids devront être détruits à la tombée de la nuit ou au lever du jour. Ainsi la quasi-totalité de la colonie pourra être éliminée. La destruction des nids au cours de la journée (notamment à l’aide d’une lance à eau ou d’un fusil) fait augmenter considérablement les risques d’accident. Tous les individus volant hors du nid ne seront pas tués et pourront rapidement reconstruire un nid à proximité ; ils resteront en outre très énervés plusieurs jours durant, ce qui augmente les risques de piqure pour le voisinage. Si la reine est encore vivante, la colonie pourra encore produire des mâles et des femelles sexués, mais si la reine est morte, la colonie ne produira plus que des sexués mâles ; dans les deux cas, l’activité de prédation sera poursuivie. À ce jour, les meilleures techniques de destruction utilisent une perche télescopique pour injection d’insecticide. Il faudra ensuite descendre le nid et le brûler pour que les insectes morts et l’insecticide ne soient pas consommés par les oiseaux. Le dioxyde de soufre (SO2) n’est toxique qu’à l’utilisation mais n’est pas autorisé pour cet usage. Si le nid est accessible, il est possible de le détruire sans insecticide à la tombée de la nuit, en bouchant le trou d’entrée avec du coton, puis en enfermant le nid dans un sac avant de le détacher et de tuer la colonie par congélation. Il faut toujours être équipé d’une combinaison de protection spéciale contre les frelons.

– Il est possible de réduire le stress des abeilles en plaçant les ruches dans une cabane grillagée (voir les plans du modèle d’Emmaüs Lescar Pau). Une solution moins couteuse, surnommée « muselière » à frelons est en cours d’étude au MNHN.

Il est préférable de se limiter à ces méthodes de lutte tant que de nouvelles techniques plus efficaces n’auront pas été mises au point. Cela ne veut pas dire « rester inactif », mais « faire au mieux dans l’état actuel des connaissances ».

Si vous trouvez un nid, adressez-vous à votre mairie qui sera mieux à même de vous réorienter vers l’organisme local de lutte. Certaines administrations locales peuvent prendre en charge une partie de la destruction. Merci de penser également à remplir le formulaire de signalement pour la prise en compte de votre observation dans notre inventaire.

 

À gauche, en haut : Cabane grillagée, en bas : Muselière à frelon. À droite : Perche télescopique pour injecter un insecticide dans le nid.
À gauche, en haut : Cabane grillagée, en bas : Muselière à frelons. À droite : Perche télescopique pour injecter un insecticide dans le nid.

 

Régulation naturelle

Si les espèces exotiques sont souvent introduites dans un nouvel environnement sans leurs ennemis naturels, ce qui favorise leur multiplication, elles peuvent aussi subir l’attaque de nouveaux ennemis naturels d’origine locale.

 

Prédateurs

Les oiseaux, comme la Pie-grièche écorcheur (Lanius collurio) ou le Guêpier d’Europe (Merops apiaster), qui sont d’actifs prédateurs du Frelon d’Europe et de l’Abeille domestique, sont susceptibles de s’attaquer aux adultes du Frelon asiatique, mais la forte résilience des colonies de frelon à la mortalité de leurs ouvrières rend l’effet de cette prédation négligeable sur la survie des colonies. Des Pics (comme Dendrocopos minor), des mésanges (comme Parus caeruleus) ainsi que des Pies (Pica pica) ont été vus à la fin de l’automne perforer à coups de bec l’enveloppe d’un nid pour consommer les derniers individus, larves ou adultes, de la colonie en train de mourir. Seule la Bondrée apivore (Pernis apivorus) peut attaquer les nids de ce Frelon et a donc une action de régulation sur cette espèce, mais qui reste probablement d’assez faible importance sur les densités de population, de part la rareté de l’espèce et son caractère migratoire. Tous ces oiseaux peuvent s’intoxiquer s’ils consomment les individus des nids traités et laissés dans les arbres.

 

Des plantes carnivores ornementales, comme les sarracénies, Sarracenia x Evendine, originaires d’Amérique du Nord, ou des Népenthès, Nepenthes x ventrata, des Philippines, peuvent consommer, en plus ou moins grandes proportions et parmi leurs nombreuses proies, des Frelons asiatiques (Meurgey & Perrocheau, 2015). Les molécules odorantes qu’elles émettent pour attirer les insectes pourraient éventuellement, si elles sont identifiées, être utilisées pour augmenter l’attraction ou la sélectivité des pièges à frelons.

 

Dans sa zone d’origine, le Frelon asiatique à pattes jaunes, Vespa velutina, subit la prédation d’autres espèces de bondrées, mais surtout celle du Frelon géant d’Asie, Vespa mandarinia, dont les ouvrières mesurent entre 3,5 et 3,9 cm, et les reines jusqu’à 5,5 cm. Ce dernier est un féroce prédateur de nombreux insectes et araignées, mais surtout d’Hyménoptères sociaux (abeilles, guêpes, frelons). Il chasse en groupe et peut exterminer toutes les ouvrières d’une colonie avant d’en consommer les larves (Matsuura, 1984). Son venin contient une toxine, la mandaratoxine, absente chez V. velutina (Ho et al., 1999), qui peut entrainer la mort même sans réaction allergique (Matsuura & Sakagami, 1973). Le Frelon mandarin tue ainsi de 30 à 40 personnes par an au Japon, et a été responsable de celle de 41 personnes dans la province de Shaanxi en Chine en 2013. Des signalements de cette espèce en France nous sont envoyés régulièrement, mais tous correspondaient heureusement à des Scolies, guêpe parasite de hanneton inoffensive pour l’homme (voir l’onglet « Identification »).

 

Vespa mandarinia, Corée du Sud.
Vespa mandarinia, Corée du Sud.

 

Parasites

Deux spécimens d’une mouche parasitoïde de la famille des Conopidae, Conops vesicularis, ont été trouvés dans la région de Tours dans deux fondatrices (Darrouzet et al., 2014). Ces mouches volent de mai à septembre ; elles attendent leur hôte sur une fleur, le saisissent entre leurs pattes et pondent un œuf dans son abdomen (Pouvreau, 1974 ; Tomasovic, 2000 ; Schmid-Hempel, 2001). La larve se développe à l’intérieur de son hôte et le quitte après l’avoir tué lorsqu’elle devient adulte. Les conopides peuvent s’attaquer aux femelles fondatrices du Frelon asiatique, sans pour autant réguler sa population car les fondatrices subissent une très forte réduction de leurs effectifs à cette période de l’année du fait de la compétition intraspécifique (Rome et al., 2013b) et de la très grande résilience (capacité de résistance) des colonies (Villemant et al., 2015). En effet, le taux de mortalité des ouvrières d’une colonie doit être supérieur à 50 % pour provoquer sa destruction ou réduire de manière significative sa productivité (Barlow et al., 2002). De plus, C. vesicularis attaque rarement les guêpes sociales (Spradbery, 1973 ; Matsuura & Yamane, 1990), mais peut par contre être localement très nuisibles aux colonies de bourdons en Europe, notamment Bombus muscorum et B. terrestris (Tomasovic, 2000 ; Schmid-Hempel, 2001). La multiplication du Frelon asiatique pourrait ainsi favoriser celle de ce parasite et mettre ainsi en danger nos espèces locales de bourdons (Holt & Lawton, 1993 ; Prenter et al., 2004 ; Dunn, 2009 ; Villemant et al., 2015).

 

Trois vers nématodes de la famille des Mermithidae, et appartenant probablement à l’espèce Pheromermis vesparum, ont été trouvés en 2012 par des particuliers dans l’Allier et en Dordogne (Villemant et al., 2015). Ce ver parasite a un cycle de développement compliqué impliquant l’intervention d’un hôte secondaire appelé hôte paraténique ou de transport (Poinar et al., 1976). Les nématodes adultes pondent leurs œufs dans l’eau. Ces derniers sont consommés par des larves d’insectes aquatiques, comme les phryganes (Trychoptera) ou les perles (Plecoptera), éclosent dans le tube digestif de leur hôte, puis traversent l’épithélium digestif pour entrer en dormance dans ses tissus périphériques. L’hôte subira sa métamorphose en conservant les larves enkystées du ver nématode. Les larves de frelon sont infectées lorsqu’elles sont nourries avec la chair des hôtes paraténiques capturés par les ouvrières. Les larves de nématodes reprennent alors leur activité et consomment les tissus non vitaux de l’abdomen des larves de frelons. Le frelon se développe jusqu’à l’état adulte ; il contient alors dans son abdomen un ver nématode de près de 10 cm de long, proche de la maturité. Le nématode adulte quitte son hôte, en le tuant, lorsque ce dernier s’approche de l’eau (Poinar, 1976). Ce nématode est un parasite généraliste des guêpes sociales européennes (Kaiser, 1987), mais il a peu de chance de s’attaquer à Vespa velutina car ses hôtes paraténiques (phryganes uniquement) sont très peu capturés par les ouvrières. Les phryganes représentent en effet seulement 0,2 % des proies du frelon en France (étude en cours réalisée sur 2000 proies) (Villemant et al., 2015). Ce nématode est donc aussi un mauvais régulateur de cette espèce envahissante.

 

Cycle de vie du nématode Pheromermis
Cycle de vie du nématode Pheromermis

 

Vespa velutina et son parasite nématode Pheromermis.
Vespa velutina et son parasite nématode Pheromermis.

 

À la différence de l’acarien Varroa destructor chez l’Abeille mellifère, Apis mellifera, qui se disperse au sein d’une même ruche et transmet de nombreux virus pathogènes (Sumpter & Martin, 2004), les nombreux parasitoïdes de guêpes sociales, tels que Conops vesicularis et Pheromermis vesparum, Sphecophaga vesparum (Beggs et al., 2008) ou Xenos vesparum (Hughes et al., 2004), attaquent seulement des individus isolés et n’ont qu’un impact négligeable sur la survie ou les capacités de reproduction des colonies de guêpes (Martin, 1991 ; Martin, 2004 ; Villemant et al., 2015).

 

Dans sa zone d’origine, Vespa velutina est essentiellement régulé par la compétition qui s’est installée entre la dizaine d’espèces de frelons présents dans chaque région d’Asie. Les prédateurs et les parasites n’ont qu’une action limitée.

 

Stratégie de défense des abeilles

L’Abeille domestique asiatique, Apis cerana, a développé une stratégie de défense très efficace contre les frelons qui, comme V. velutina, attaquent régulièrement ses colonies. Le frelon agresseur est rapidement entouré d’une masse compacte d’ouvrières qui, en vibrant des ailes, augmentent la température au sein de la boule formée jusqu’à ce que leur adversaire meure d’hyperthermie ! Au bout de 5 minutes, la température ayant atteint 45°C, le frelon succombe mais non les abeilles qui sont capables de supporter plus de 50°C. Cette méthode est très efficace mais, lorsqu’elle est trop souvent répétée, elle entraîne un affaiblissement de la ruche car les ouvrières consacrent alors moins de temps à l’approvisionnement (Tan et al., 2005 ; Villemant, 2008).

 

Apis_cerana_vs_Vespa_velutina-Q_Rome_MNHN-1

Apis_cerana_vs_Vespa_velutina-Q_Rome_MNHN-2
Comportement de défense par heat-balling de l’abeille asiatique, Apis cerana contre Vespa velutina auraria, Népal.

 

En Asie, où son élevage s’est développé depuis une cinquantaine d’années, l’Abeille domestique européenne, Apis mellifera, emploie le même moyen de lutte mais son adaptation au prédateur est plus récente de sorte que sa stratégie de défense est moins efficace. En France, l’Abeille domestique est capable de se défendre des attaques occasionnelles du Frelon d’Europe mais ses colonies sont parfois très fortement affectées par la prédation intensive qu’exerce le Frelon asiatique. Cette boule que forment les abeilles autour des frelons a pu être observée en 2010 en réponse à une simulation expérimentale d’attaque, mais est restée très inférieure à ce qui peut être observé chez A. cerana, et inefficace pour tuer le frelon s’il n’était pas maintenu à l’intérieur de la ruche pendant plus de 30 min (Arca et al., 2014). Les programmes de sélection des races d’abeilles en Europe ont, en général, favorisés des lignées peu agressives. Cela pourrait expliquer en partie la faible capacité de recrutement de nos abeilles face au Frelon asiatique et donc leur inefficacité à se défendre contre ce nouvel ennemi. Avec le temps, et la sélection par l’homme (puisque la sélection naturelle n’intervient quasiment plus chez cette espèce domestique) de gènes naturels de résistance, l’Abeille européenne devrait pouvoir renforcer ses stratégies de défense face aux frelons.

 

Le MNHN continue le suivi du front d’invasion de ce frelon et des fluctuations de populations de V. velutina via le formulaire disponible sur ce site et la base de données de l’INPN. Ceci permet de déterminer les potentialités d’expansion du frelon en Europe et ainsi de faciliter l’élaboration d’une surveillance dans les zones à risque. Une évaluation de l’impact de V. velutina sur l’activité apicole, dans le cadre du projet de recherche RISQAPI, permettra de mettre en évidence dans quelles proportions le frelon est responsable d’un affaiblissement des colonies d’abeille en comparaison avec d’autres facteurs de stress, environnementaux et sanitaires. Nous participons également à l’organisation du plan national de lutte, et assistons l’ITSAP pour l’évaluation de méthodes de limitation de l’impact du frelon sur l’abeille domestique plus respectueuses de l’environnement que celles les plus souvent pratiquées actuellement.